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Julie de Bona

Avec Audrey Fleurot, Sofia Essaïdi et Camille Lou, elle est au générique de la nouvelle série choc de TF1, «Les Combattantes», qui plonge quatre femmes dans l’enfer de la premiere guerre mondiale. EXCLUSIF.

Elles sont là, sur scène, côte à côte, assises sur des chaises hautes. Depuis quatre ans, elles forment le trio de muses bichonnées par TF1. Trois comédiennes au profil différent qui portent la majorité des projets originaux sur la chaîne privée. Audrey Fleurot, Julie de Bona et Camille Lou ont vu leur cote de popularité grimper en flèche après la diffusion de la série TV, Le Bazar de la Charité, en 2019, un scénario inspiré d’un fait réel: un incendie survenu en 1897 à Paris qui avait causé la mort de 112 personnes, essentiellement des femmes. Chacun des huit épisodes avait réuni entre 6 et 7 millions de téléspectateurs. Et le succès s’est poursuivi sur Netflix. Après? Audrey Fleurot (HPI), Camille Lou (Je te promets) et Julie de Bona (Plan B, Service volé) ont continué à affoler les taux d’audience. Pour sa rentrée 2022, TF1 a logiquement choisi de les associer pour une nouvelle aventure: Les Combattantes. Un projet né pendant le tournage précédent…

«Iris Bucher (ndlr. la productrice) est venue nous voir, l’une après l’autre, et nous a demandé si nous étions partantes pour une autre série», se souvient Julie de Bona. «Nous n’avions pas de scénario, ni de détails sur les personnages. Elle nous a juste dit que ce serait une époque différente et qu’elle conserverait les mêmes actrices.» Elles ont donné leur accord sans hésiter. Mais, cette fois, une quatrième comédienne est venue grossir les rangs: Sofia Essaïdi, ex-candidate de la Star Academy, a en effet vu son personnage prendre du galon en cours d’écriture. Dans cette série de huit épisodes, diffusée aussi sur la RTS, le téléspectateur suit ainsi le destin de quatre héroïnes au début de la Première Guerre mondiale. À une période où les femmes ont été contraintes de se substituer aux hommes dans les champs, dans l’industrie, dans toutes les couches de la société, simplement pour que l’économie ne s’arrête pas totalement. «Il y a beaucoup de films qui racontent ce conflit d’un point de vue masculin», explique Iris Bucher. «Mais, sociologiquement parlant, ce moment de l’histoire s’est révélé très riche pour les femmes.» On y croise une infirmière, une prostituée, l’épouse d’un riche industriel, une religieuse… Julie de Bona s’est glissée sous le voile de mère Agnès, dont la foi sera mise à rude épreuve au fil des épisodes. Le couvent de Saint-Paulin est réquisitionné par l’armée pour le transformer en hôpital.  Autant dire qu’elle sera confrontée aux horreurs de la guerre et ne manquera pas de questionner ses convictions chrétiennes.

TOURNAGE « LES COMBATTANTES » REAL : ALEXANDRE LAURENT © JEAN-PHILIPPE BALTEL / QUAD DRAMA / TF1 EPISODE 0

«Chaque rôle est une partie de moi-même. Il arrive toujours au bon moment dans ma vie.»


OFF: Comment entre-t-on dans la peau d’une religieuse du début du XXe siècle?
Julie de Bona: À moins  d’avoir une machine à remonter le temps, difficile de se faire une idée précise de la vie dans un couvent en 1914. J’ai regardé des documentaires, j’ai essayé d’imaginer le destin de ces femmes qui viennent souvent de l’orphelinat et qui, après avoir baigné dans la religion, font vœu de chasteté et de pauvreté dans une certaine forme de continuité. Et puis, je suis simplement retournée dans une église, afin de me reconnecter aux gestes quotidiens, à l’attitude, à ce que cela signifie pour elles de faire dix heures de prière par jour…

OFF: Ce rôle a-t-il questionné votre propre foi?
JDB:
Est-ce que je dois parler de ma propre foi dans un article? Je ne sais pas. C’est très intime. Parler de la religion aujourd’hui, c’est compliqué. (Elle réfléchit) J’ai adoré ce personnage. Mais ce qui m’a plu, c’est de jouer avec ces codes-là et de remettre la foi en cause – comme on le ferait pour la société ou l’éducation de nos parents. Quant à moi, tout ce que je peux vous dire, c’est que j’aime croire en quelque chose. Il est important pour l’être humain d’avoir des croyances…

OFF: Vous apportez un soin particulier à construire vos personnages. Pour «Innocente», vous avez visité la prison des Baumettes à Marseille. Pour «Plan B», vous avez fait un stage en radio… Est-ce si important pour vous de vous frotter à ces réalités-là?
JDB: J’ai besoin de sentir ces rôles dans mon corps. Sinon, cela resterait trop conceptuel… En prison, lorsque le gardien a fermé les grilles derrière moi, toute l’émotion de ce moment-là s’est inscrite dans mes tripes. Plus besoin d’intellectualiser, tu saisis d’un seul coup ce qu’est l’enfermement et ce que vivent ces femmes au quotidien. Pour Plan B, mon personnage est chroniqueuse et animatrice radio: j’ai estimé que, si je ne faisais pas ce stage d’une semaine derrière le micro, les gens se rendraient compte assez vite que je suis une usurpatrice. Je ne me sentirais pas légitime.  C’est un truc entre moi et moi-même! Des comédiens sont capables d’entrer dans un rôle comme ça, en un claquement de doigt. Moi, je ne me l’autorise pas, j’ai besoin de galérer un peu pour comprendre, pour chercher, pour trouver la bonne alchimie.

EPISODE 4

OFF: Vous dites aussi que chacun de vos personnages a sa musique intérieure. Comment la choisissez-vous?
JDB:
Cela arrive à la veille du tournage. Je construis d’abord mon personnage de l’intérieur: qui est elle, d’où vient-elle, quels sont ses rêves, ses dilemmes, ses regrets… Avec une coach, je réfléchis aussi à son attitude, à sa manière de marcher… En règle générale, j’apprends le texte en dernier. Mais, une fois que j’ai tout ça entre les mains, je commence à écouter des chansons à la radio, je voyage dans ma playlist et là, à l’intuition, je fais mon choix. Cette musique m’aide à me mettre dedans et à pousser Julie en dehors du plateau. Je mets une ou deux notes et hop, c’est parti, je n’existe plus, je m’efface complètement devant le personnage.

«Pour entrer dans un rôle, j’ai besoin de galérer un peu pour comprendre, trouver la bonne alchimie…»

OFF: Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir comédienne?
JDB:
À 15 ans, j’ai demandé à ma mère de m’inscrire à un cours de théâtre. Mais je ne souhaitais pas être avec des enfants de mon âge, j’avais encore peur du regard des autres. Je pensais que je serais moins jugée avec des adultes. Et là, je me suis tout de suite sentie à ma place. Sur scène, j’étais bien, heureuse, j’avais le sentiment de pouvoir m’approcher de moi-même. Surtout, j’avais la possibilité de m’exprimer émotionnellement, chose que j’étais incapable de faire dans ma vie ou à la maison. Pour moi, le théâtre était devenu une évidence.

OFF: Vous aviez suivi des études en biochimie. On est loin du théâtre et de la télévision…
JDB:
Il y a pourtant un lien entre ces deux univers. Je me suis toujours posé des questions sur l’existence: qui l’on est, d’où l’on vient, quel est le sens de la vie… J’ai donc adoré étudier l’astrophysique, la géologie ou la génétique. Mais, alors que j’arrivais en DEUG de biochimie, on a commencé à explorer des classifications plus organiques, trop pointues pour moi. Et c’est là que la porte du théâtre s’est ouverte. Je me suis rendu compte que ma quête de sens serait plus épanouie, plus heureuse, si elle passait par les textes, par les émotions, par la découverte des personnages.

OFF: Avez-vous trouvé des réponses à vos questions?
JDB:
Je cherche toujours. (sourire) Ce qui est génial avec ce métier, c’est qu’il y a plein de questions qui seraient restées en suspens, si je n’étais pas devenue comédienne… Cela m’a permis de m’ouvrir à tellement de choses et à mieux connaître l’être humain. Mais le sens de la vie, je le cherche encore. Sinon, j’aurais arrêté ce métier depuis longtemps. (rires)

TOURNAGE « LES COMBATTANTES » REAL : ALEXANDRE LAURENT © JEAN-PHILIPPE BALTEL / QUAD DRAMA / TF1 EPISODE 0

OFF: Qu’avez-vous appris sur vous-même au travers de tous ces rôles?
JDB:
Chaque rôle est une partie de moi-même. Il arrive toujours au bon moment dans ma vie. C’est moi qui les appelle, ou alors, j’ai dû dégager quelque chose de spécial à ce moment-là. Lorsqu’Inès Bucher a dit qu’elle m’imaginait en mère supérieure ou en prostituée (ndlr. Julie de Bona était en ballotage pour ces deux rôles dans la série), je me suis vraiment posé des questions. (rires) En fait, chaque personnage apporte sa petite pierre à mon édifice, à ma vie. Cela m’apprend beaucoup de choses sur moi-même, sur les autres. Quand je joue une scène, je vous l’ai dit, je mets complètement Julie de côté et le personnage devient ma meilleure amie. Je suis touchée, j’ai de l’empathie pour elle, je la soutiens, je l’accompagne… Je la défends, quoi!

OFF: À votre avis, pourquoi le trio que vous formez avec Audrey Fleurot et Camille Lou fonctionne-t-il si bien à l’écran?
JDB:
Je n’en sais rien. Mais j’adore ces actrices. Je les ai aimées avant de les connaître. Quand je les vois là, devant moi, j’ai l’impression que ce sont mes sœurs. Nous sommes faites du même bois. Comme il y a des âmes sœurs, nous sommes peut-être des actrices sœurs. Nous sommes de la même famille. D’ailleurs, Sofia Essaïdi est entrée dans le groupe de la même façon.

Julie de Bona, Adrien Guionnet

OFF: Pour cette série, vous retrouvez également Alexandre Laurent derrière la caméra. Fait-il aussi partie de cette famille ?
JDB:
Ce qui est le plus touchant, c’est que j’ai été la première à travailler avec lui sur Le Secret d’Élise (ndlr. en 2016). C’était sa première mini-série. Je le vois donc progresser, prendre de l’assurance, répéter et mettre en scène différemment. Alexandre est un perfectionniste, sans être un tyran. Il se nourrit des autres, de leur talent. Si tu viens le voir avec une idée, il ne placera  jamais son ego en avant – comme beaucoup: il t’écoutera et sera toujours d’accord d’essayer. Même si, à la fin, c’est lui qui tranche…

OFF: Que fait-il différemment?
JDB:
 Je vous ai parlé de cette musique intérieure associée à chacun de mes personnages. Moi, jai toujours travaillé en musique… Alexandre, lui, n’en mettait jamais sur le plateau. Jusqu’à ce qu’il comprenne son importance: avant une scène, les techniciens doivent ressentir la même émotion que les comédiens. Tu ne peux pas être là, à faire des blagues, alors que l’actrice, elle, se prépare à mourir dans quelques secondes… Avec la musique, on se retrouve tous sur la même note, à jouer la même scène, cela donne des frissons aux figurants, aux techniciens. C’était une belle trouvaille! Il a développé ça sur Le Bazar de la Charité et là, pour Les Combattantes, il l’a mis à toutes les sauces.

OFF: Vous avez commencé avec le théâtre, vous enchaînez séries et téléfilms… Y a-t-il une discipline que vous préférez plus qu’une autre?
JDB:
J’ai un petit faible pour le théâtre. Si je n’en fais pas depuis longtemps, je ne me sens pas bien. J’ai le sentiment de perdre quelque chose d’essentiel: le sens de mon métier, la raison pour laquelle j’ai choisi cette voie-là. C’est pourquoi je suis heureuse de retrouver les planches en janvier, au théâtre de la Madeleine, avec Elie Semoun, dans la pièce Suite royale.

OFF: Qu’est-ce qui est si différent entre le théâtre et la télévision?
JDB:
Sur un plateau de tournage, j’aime le côté éphémère d’une scène. Vous la jouez pendant une demi-heure, une heure, le temps de quelques prises, parfois avec des partenaires que vous venez juste de rencontrer, et vous ne savez pas ce qu’il va se passer. C’est à la fois déstabilisant et passionnant! Cela amène une belle vibration, une certaine fragilité. Et, en fonction de votre état d’esprit, du réalisateur ou des autres acteurs,  la magie opère et on atteint parfois des moments de grâce. Au théâtre, c’est différent. Vous connaissez la scène par cœur, parce que cela fait trois mois que vous la répétez avec vos partenaires. Il n’y a pas de surprise! Pourtant, chaque représentation reste unique, parce que vous allez vivre la scène plus en profondeur, vous aurez peut-être envie de la jouer différemment. Et puis, vous avez le retour direct du public. C’est galvanisant, grisant!

OFF: Vous avez évoqué votre retour au théâtre, le téléspectateur vous verra sur TF1 dans «Les Combattantes», vous avez encore de nombreux projets sur le feu… Vous n’arrêtez donc jamais?
JDB:
Si, si… Là, ça fait six mois que je n’ai pas bossé. (rires). Je n’ai aucun problème à dire non. Je ne ressens pas l’obligation de tourner tout le temps. J’accepte un rôle seulement quand il y a quelque chose à apprendre d’un personnage. D’ailleurs, ce sont  souvent les projets qui viennent me choisir et qui ne me laissent pas indifférente. Au final, je tourne beaucoup, certes, mais je m’offre aussi de belles pauses. Ces changements de rythmes me conviennent parfaitement.

OFF: Comme Audrey Fleurot et Camille Lou, vous tournez beaucoup pour TF1. Est-ce qu’il y a une sorte de préférence pour cette chaîne?
JDB:
Pas du tout. Quand TF1 vous propose des projets comme Le Bazar de la Charité ou Les Combattantes, il n’y a pas de négociations possibles: vous y allez les yeux fermés. (sourire) Après, il est intéressant de changer de chaînes, parce qu’elles n’ont pas toutes les mêmes enjeux, les mêmes attentes. Sur le service public, vous raconterez l’histoire différemment. Je viens de terminer le tournage de Dragon Boat pour France 2 qui aborde un sujet très fort, très engagé: le cancer du sein. J’ai accepté cette série à cause de la réalisatrice (ndlr. Stéphanie Pillonca). J’avais déjà travaillé avec elle autour de la trisomie 21. Cela a été une telle aventure, une telle rencontre humaine, qu’elle a fini par devenir une amie. C’est un choix de cœur. Et puis, j’ai tourné une autre série, plus sulfureuse, plus osée, pour M6: La Maison d’en face. Chaque chaîne a vraiment son propre univers.

OFF: Qu’en est-il du grand écran? Vous tournez peu pour le cinéma: est-ce un choix délibéré?
JDB:
J’en ai fait. Mais les seconds rôles que l’on m’a proposés au cinéma sont restés plutôt gentils. En tout cas, ils ne m’ont pas apporté autant de bonheur et de richesse que ceux que l’on m’a offerts à la télévision. Quand je vois l’impact que mon personnage de Plan B a eu sur les téléspectateurs, le nombre de messages que j’ai reçus après la diffusion de la série, c’était incroyable. Et, pour l’instant, ces rôles-là, je ne les ai pas vus au cinéma. En plus, avec une série de six ou huit épisodes, tu as le temps d’explorer ton personnage. C’est passionnant pour un comédien! Je ne suis donc pas une actrice frustrée, je me sens même plutôt heureuse de mon sort. Et, franchement, quand j’ai découvert Les Combattantes sur grand écran, j’ai vraiment eu l’impression de faire du cinéma..

Julie de Bona

1980 Naissance le 7 décembre à Paris.
1999 Intègre le Conservatoire d’art dramatique de Montpellier.
2002 Donne la réplique à Gérard Jugnot dans la pièce État critique.
2012 Joue dans la série La smala s’en mêle aux côtés de Michèle Bernier.
2016 Innocente, série en six épisodes de Lionel Bailliu.
2017 Reprend le rôle de Lisa Stocker dans la série Le Tueur du lac.
2019 Le Bazar de la Charité triomphe sur TF1.
2021 Elle campe la joueuse de tennis Isabelle Demongeot dans le téléfilm Service volé.
2022 Tient le rôle de Mère Agnès dans Les Combattantes d’Alexandre Laurent.
1980 Naissance le 7 décembre à Paris.
1999 Intègre le Conservatoire d’art dramatique de Montpellier.
2002 Donne la réplique à Gérard Jugnot dans la pièce État critique.
2012 Joue dans la série La smala s’en mêle aux côtés de Michèle Bernier.
2016 Innocente, série en six épisodes de Lionel Bailliu.
2017 Reprend le rôle de Lisa Stocker dans la série Le Tueur du lac.
2019 Le Bazar de la Charité triomphe sur TF1.
2021 Elle campe la joueuse de tennis Isabelle Demongeot dans le téléfilm Service volé.
2022 Tient le rôle de Mère Agnès dans Les Combattantes d’Alexandre Laurent.